Juin 2018   Guerre froide



Dimitri Chostakovitch (1906-1975), Symphonie de chambre
John Williams (*1932), Essay for strings
Igor Stravinsky (1882-1971), Concerto pour cordes en ré
Aaron Copland (1900-1990), Nonet


16 juin, Temple Saint Jacques, Lausanne
17 juin, Temple de Lutry

 


Note de programme
Ironie de l’Histoire, la guerre froide a vu s’affronter deux idéologies, capitalisme et communisme, visant au progrès et s’opposant à un système élitiste. De ce point de vue, il paraît normal que toutes deux aient rejeté, en partie du moins, l’esthétique défendue par les compositeurs de la vielle Europe, jugée élitiste. Dimitri Chostakovitch et Aaron Copland sont à la fois les archétypes des musiciens russes et américains bien qu’ils aient été dans les deux cas, à des degrés différents, persécutés par leur gouvernement respectif.
Copland, jeune militant proche du parti communiste américain défendra une musique populaire destinée à l’élévation des masses et qui devait puiser sa source dans le folklore américain. Il fut à ce titre inscrit sur la liste noire du cinéma. Si son style évolua vers une relative complexification, il conservera cette touche typiquement américaine et populaire. Sa pièce Nonet en est un brillant exemple: on navigue dans une lente progression harmonique qui conserve un caractère lumineux et ingénu même dans les passages relativement dissonants.
Chostakovitch, s’il adopte une posture relativement apolitique, connaîtra aussi ses heures de gloire et de persécution. Cette symphonie de chambre est en fait une transcription de son huitième quatuor écrit pour un film sur les victimes des bombardements de Dresde. Malgré cela, le sens de la pièce est tout autre... Il s’agit, du propre aveu du compositeur d’une pièce « biographique » truffée de références à sa vie ainsi qu’à ses pièces antérieures. On y retrouve tous les ingrédients qui font le génie de Chostakovitch : une musique sombre et cynique, mêlant références à la musique savante et populaire dans le cadre d’une harmonie tonale mais toujours d’une surprenante créativité.
Autre paradoxe historique, Stravinsky, le plus célèbre des musiciens russes du Xxème siècle aura vécu une grande partie de sa vie aux États-Unis où il passera les trente dernières années de sa vie. Ce concerto pour cordes en ré date de la fin de la sa période dite néoclassique dans laquelle il s’amuse à revisiter des musiques plus anciennes. La pièce est truffée d’éléments musicaux du passé côtoyant d’autres éléments beaucoup plus modernes.
John Williams est lui connu pour ses musiques de films, notamment celle qui l’a rendu célèbre : Star Wars. Cet Essay pour cordes est l’une des rares pièces de musique pure qu’il ait publiée. L’écriture de musique « pure » et de musique de film sont deux exercices différents ; on retrouvera évidemment dans Essay les qualités propres à la seconde, la puissance évocatrice et la clarté du propos qui nous plongent immédiatement dans une ambiance dramatique.

Nicolas von Ritter-Zahony

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